De la monarchie du service au tennis – Philosophie

John Isner, Milos Raonic, Kevin Anderson ont disputé 65 sets lors de cette édition de Wimbledon. 25 de ces 65 manches (soit 38%) se sont terminées au jeu-décisif. Un problème philosophique pour le jeu de tennis, passant d’une opposition de styles à un monologue de serveurs. 

Anderson_Isner_REUTERS.jpg

102 aces plus tard, Kevin Anderson domine John Isner et jouera sa première finale à Wimbledon (Crédits REUTERS)

La vitesse sur les routes s’est réduite à 80km/h ce 1er Juillet 2018, contrairement à celle des services au tennis, qui n’a fait qu’augmenter ces dernières années. Les meilleurs serveurs lâchent désormais des « sacs » à plus de 220km/h tout au long de leurs rencontres, du haut de leur double-mètre. Si le changement de matériel grâce à l’apport technologique y est pour beaucoup – bois des raquettes s’est transformé en métal puis carbone, agrémenté de cordages synthétiques polyvalents et de balles pressurisées à l’hectopascal près – le format de jeu de tennis favorise grandement les serveurs. Avec une infime chance de les breaker, la décision se fait de plus en plus au jeu-décisif, une exception il y a encore 50 ans.

Historiographie du jeu

Car le jeu-décisif est bien la parade lorsque le jeu est bloqué. C’est de cette idée qu’est né le premier « tie-break », instauré en 1970 par la Fédération américaine, et repris dans la foulée par la Fédération Internationale de Tennis, puis adopté dans tous les tournois du Grand Chelem.

Pourtant, si l’on revient au tennis et à sa création, « Tenez ! » disait-on, à son adversaire receveur, lors de parties de jeu de paume : la rencontre était un dialogue, une opposition, un débat, un échange, un « à toi – à moi » , sans se couper la parole. Chacun jouant son coup une fois la balle en jeu.

Les anglais ont repris ce terme de « Tenez », et remis à leur sauce (n’y voyez aucun sens péjoratif) le jeu de paume, en gardant les références françaises :

  • le « Tenez » devient « Tennis » par déformation de langage
  • le comptage des points (0-15-30-40) est inspiré par les distances qui séparaient les joueurs du mur de jeu de paume (15 pas de recul, puis 30, puis 40)

Il va de soi que le jeu de tennis nouvellement créé reste une opposition, comme son prédécesseur. Il n’est pas un monologue. C’est celui qui dialogue le mieux avec son adversaire, qui avance les meilleurs arguments physiques, techniques, mentaux, qui l’emporte. Chacun à son mot à dire. Aucune situation de jeu « bloqué » n’est à prévoir. Le jeu-décisif n’a pas de raison d’exister.

Le service devenu trop (jeu) décisif

Dans les autres sports de raquette, sauf à de très rares exceptions, l’ace n’existe pas au badminton, ou au squash : le service a un rôle de « simple » mise en jeu afin de lancer l’échange.

Aujourd’hui, il est l’arme principale du tennis. Si vous ne vous faites pas breaker, vous pouvez remporter n’importe quel match. Cela fonctionne dans l’autre sens : vous pouvez gagner un match sans jamais breaker votre adversaire. Il est clair qu’un service performant vous permet donc de voyager partout.

C’est ce qui est arrivé à Michael Stich lors de son victorieux Wimbledon 1991. En demi-finale sur le Center Court, l’allemand battait Stefan Edberg, le champion sortant, en quatre manches 4-6 / 7-6 / 7-6 / 7-6 sans venir titiller ne serait ce qu’une seule fois le suédois sur son engagement. Ironie du sort, ce jour-là, l’inventeur du jeu-décisif, James Van Alen, est décédé.

Le coup du service est déjà particulier. Newton le résume très bien dans ses lois sur la gravitation universelle : les conditions initiales de l’objet déterminent son mouvement. Ainsi, le serveur sait tout sur la future balle qu’il compte jouer : sa future trajectoire, sa zone d’impact dans le carré de service, l’effet imprimé dans la balle, la vitesse donnée, la position du lancer de balle etc. Bien entendu, sans que l’adversaire ne puisse influer dessus, pire même, sans savoir ce qui l’attend.

C’est le seul coup de tennis joué avec ces caractéristiques. Le serveur entame un monologue au service. Tout autre coup dans le jeu dépend du coup précédent. Les conditions initiales du revers que jouera Roger Federer ou votre voisin débutant seront les mêmes, dépendantes de la balle qui arrive : vitesse et rotation de la balle, rebond, hauteur, effet imprimé.

Un retour à la raison

Un certain nombre de joueurs sont entrés dans le haut-niveau mondial presque uniquement grâce à leur service. Bien entendu, ils sont très talentueux et n’arrivent à ce niveau par hasard. Il n’est pas question de dévaloriser leurs performances, mais de comprendre ce qui rend possible leur avènement dans le tennis mondial. Peut-on faire les mêmes comparaisons avec des joueurs qui sont spécialistes uniquement d’un seul coup, comme le sont les serveurs ?

Est-ce que Benoit Paire remporte ses matches uniquement avec ses amorties ? Gilles Simon uniquement avec sa tactique de jeu ? Chang uniquement avec son jeu de jambes ? Edberg uniquement avec sa volée ? Gasquet uniquement avec son revers ? Nadal uniquement avec son coup-droit ? Bien évidemment que non.

Le tennis se trouve donc englué dans ce qu’il n’est pas : un jeu paralysé par le service devenu primordial, avec comme fausse issue un jeu-décisif où les serveurs sont spécialistes.

Ne faisons plus d’un seul coup le décisionnaire du jeu. Sampras et Rafter l’avaient d’ailleurs bien compris : leurs nombreux titres et finales en Grand Chelem ne se résumaient pas qu’à leurs services respectifs : une pression énorme en retour avec de nombreux « chip and charge » leur évitaient de s’aventurer dans de périlleux tie-break.

Simplement une question de philosophie de jeu.

 

 

 

Publicités

Mon 17 intime

En pleine mutation, le stade Roland Garros a vu naître cette année le court 18, condamnant de fait le 17, le court des oubliés.

Court 17.jpg

Un match de double entre joueurs anonymes sur le 17

C’était Maria Sakkari. Le visage tendu d’une anonyme de 21 ans, un regard perdu en direction du sol, tête baissée cachée par sa visière, un pas hésitant au moment de fouler la terre-battue vierge du court 17. Une longue chevelure blonde, parfaitement de mèche avec les premiers rayons de soleil qui illuminent les lignes peintes sur l’ocre, en cette fraîche matinée. Il est onze heures à Roland Garros. La joueuse grecque sent manifestement la pression monter pour son premier match en Grand Chelem à Paris.

Le bleu électrique de sa tenue tranche avec le vert bouteille des murets renfermant le court, avec le vert plus foncé des logos publicitaires, avec le vert pelouse de cette colline bordant le fond du stade, avec le vert dansant des arbres balayés par les quelques rafales de vent.

De discrets applaudissements surgissent pour ce premier match du premier tour du premier jour de ce Roland Garros 2017. Les quelques spectateurs se retrouvent au choix dans les deux tribunes latérales tout près du court, les plus éloignées du court Philippe Chatrier, tout à l’extrémité ouest.

Une tribune, composée de seulement 4 rangs, est réservée aux habitués, aux premiers arrivés, aux irréductibles qui ont coché la veille le premier match du 17, qui se retrouvent dès 8h45 dans les premières files d’attente à l’entrée du stade, d’un pas accéléré sur les gravillons du boulevard d’Auteuil.

« Le 17 c’était une petite colline à gravir, une fontaine d’eau à son pied comme une récompense d’avoir été aussi loin, un public de passionnés qui voulait vivre un truc proche des joueurs et ensemble » témoigne Christophe, adepte du 17.

L’autre tribune, montée sur échafaudage, est le comptoir du tennis circus : des gradins où plus l’on monte, plus le ton monte – comprendre, les discussions entre spectateurs – où l’on voit pourtant moins bien le spectacle proposé : des branches viennent cacher les balles tombant sur la ligne de fond, et l’on imagine alors à chaque aller-retour de nuque, lorsque la balle vient caresser la ligne, le geste de la joueuse se préparant à renvoyer inlassablement la feutrine jaune, jusqu’au prochain torticolis. Un inconvénient qui présentait quelques avantages, continue Christophe : « en haut, tu surplombais tous les courts derrière le Lenglen, tu avais l’impression d’être dans une tour de contrôle des annexes, y surveiller l’évolution des matchs, voir si il y avait du monde, de la place, de l’ambiance, tu sentais Roland Garros au fond des tripes. »

Car le 17 c’est une autre idée du jeu, le lieu où se mêlent les inconnus, les oubliés, les joueurs en fin de carrière, les joueurs lambda, les repentis, les doubles exotiques, tous ces sportifs punis d’aller derrière le Lenglen, mais où l’atmosphère particulière est palpable : ça sent le tennis.  Loin des caméras de télévision, qualifié même de « court à la campagne » dixit un Laurent Luyat niché sur le perchoir du Chatrier, mais  «où on ressentait le privilège d’être à Roland autant que les autres, simplement plus proches de nos valeurs, loin du star-system, comme une bulle des années 80 survivante au fond du stade. C’était aussi l’endroit où on pouvait s’allonger dans l’herbe en attendant de rentrer dans les gradins tout en regardant le court d’en face » tempère Christophe.

Le 17, c’était également le lieu d’éclosion de nombreux talents. Nick Kyrgios, alors junior et inconnu du grand public, sortait ses raquettes pour sa toute première victoire en Grand Chelem, dans une opposition de style face au crocodile Radek Stepanek. Le vainqueur sortant de la Coupe Davis – qui bissera en fin de saison – put retarder l’échéance grâce à ses slices et ses montées à contretemps, s’inclinant en trois jeu-décisifs.

Le 17, c’est aussi le transalpin Adriano Panatta – vainqueur des Internationaux de France en 1976 – faisant la queue incognito afin d’accéder au court, tentant de s’asseoir avec sa compagne au premier rang pour encourager un de ses jeunes compatriotes. Mèche d’époque, lunettes « aviator » sur le nez, veste en lin blanche, il manquait simplement la musique de Celentano pour se croire au festival de San Remo.

Des moments hors du temps, sur un court loin des projecteurs médiatiques, qui posait un problème de couverture à Yannick Cochennec, journaliste passé par Tennis Magazine : « c’est un court qui m’a peu marqué dans mes souvenirs de journaliste. Un tournoi un peu au cul du monde et avec les moniteurs télés tu peux suivre les échanges depuis ta place. Les têtes d’affiche s’y sont produites assez rarement »

Désormais, le court 17 et sa tribune hors du temps est condamné par de nouvelles constructions : un bâtiment de l’organisation est sorti de terre, un court – le 18- est quant à lui semi-sorti de terre. Un bijou semi-enterré de 2200 places, d’un style épuré et aérien, forçant certains spectateurs à – enfin – s’aventurer au-delà du Lenglen.

Court 18.jpg

Le court 18 (crédits photos FFT / Christophe Guibbaud)

Au moment où l’agrandissement du stade bat son plein, où les travaux de rénovation continuent, où le Central va être détruit et reconstruit pour soutenir un toit, Roland Garros perd un de ses courts les plus intimistes, celui où l’on pouvait encore dire « je me suis perdu dans le stade, j’ai entendu du bruit sur le 17, je me suis assis »

Cette excuse ne pourra pas désormais, être utilisée sur le 18.

Lettre à vous, cher Monsieur Bernard Giudicelli

Bernard Giudicelli, vous êtes devenu le 13ème président de la Fédération Française de Tennis, et ce pour 4 ans.

Après une campagne plombée par les scandales politico-judiciaires en son sein, la FFT va devoir reconquérir son image auprès de ses licenciés.

L’occasion était belle pour Alexis Gramblat, ayant fait campagne depuis presque un an sur les thèmes « des valeurs et de l’éthique » qui incombent à chaque responsable et dirigeant d’une Fédération sportive. Comme vous l’avez constaté, le vice-président du TC de Paris n’a recueilli aucune voix. Pas une. Zéro. Ridicule. Une petite frappe l’avocat du XVème arrondissement.

Son tort a été finalement de s’adresser au plus grand nombre, aux licenciés, aux amoureux du tennis, aux déçus de cette fédération, mais aussi au père de famille qui regarde France 3 en Mai et qui subit les foudres de sa compagne, furieuse que Plus Belle La Vie ait été déprogrammé à cause du 5ème set des Laurent Lokoli ou Stéphane Robert.

Philippe Chatrier, même s’il était autoritaire, têtu, a fait de Roland Garros une vitrine. Quel héritage de Chatrier récupérez-vous, à travers vos 25 années de présence au sein de la FFT, mon cher monsieur Bernard Giudicelli ?

  • Christian Bîmes épinglé par la Justice
  • Jean Gachassin ivre
  • Double-billetterie, dont vous avez conclu un « pacte de silence »
  • Licenciement de Gilbert Ysern
  • Licenciement d’Arnaud Clément
  • Image idéale aux JO de Rio (Cas Benoît Paire, tenue de Mladenovic/Garcia…)
  • Démission d’Arnaud Di Pasquale
  • Enquête de l’Inspection Générale de la Jeunesse et des Sports
  • Dossier d’extension de Roland Garros digne d’un épisode de Dallas
  • Moins d’un million de licenciés. Chute de 30% des effectifs en 25 ans
  • 16 ans sans Coupe Davis, 2 Fed Cup en 22 ans

Alors, que faire durant ces 4 années de mandat, mon cher Monsieur Giudicelli ?

Il faudrait reconquérir tous ces gens du bas de l’échelle : les licenciés. Les amoureux du jeu. Les gens qui ont développé cette passion du tennis grâce aux passings de Borg, aux pitreries d’Ilie Nastase, mais aussi aux colères de Marat Safin ou aux retours-amortis de Fabrice Santoro. Les gens saoulés par les  « à 2 points du match ! » de Michel Dhrey, et le « PAAAAAN » de Jean-Paul Loth.

Ceux en somme, qui font vivre la petite balle jaune toute l’année et par tous les temps (quand ils ont la chance d’avoir un court couvert dans leur club) et qui contribuent à la réussite des 2 sacro-saintes semaines de Roland Garros, en s’offrant leurs billets pour l’ocre de la Porte d’Auteuil. Désormais 30€ pour une place sur les annexes au 1er tour. Au passage, à Wimbledon, les qualifications sont gratuites.

Cher Monsieur Bernard Giudicelli, vous devenez le capitaine d’un navire en perdition, après avoir été fidèle matelot pendant 25 ans. Sans jamais avoir tenu le bon cap, si Fluctuat ner mergitur (« il est battu par les flots mais ne sombre pas », devise de Paris) est votre crédo, attention à ne pas quitter la Porte d’Auteuil pour finir au Louvre, comme le radeau de la Méduse.

Novak Djokovic débutera tous ses jeux à 0-30

Novak-Djokovic

« Hé bah non tu ne sauras pas quel est mon déodorant anti-transpirant nananère ! » (crédits : Tennis Temple)

Novak Djokovic démarrera tous ses jeux à 0-30. Les instances mondiales du tennis ont pris leurs responsabilités aujourd’hui en sanctionnant le joueur serbe de deux points de pénalité désormais à chaque jeu de ses prochaines rencontres. Une sentence en forme de chape de plomb, appliquée dès l’Open d’Australie en janvier 2016 où le serbe est tenant du titre.

La sentence a été officialisée par un communiqué laconique de la Fédération Internationale de Tennis (ITF) : « Compte tenu des performances réalisées par le joueur Novak Djokovic en 2015, afin de contester sa domination sans partage sur le tennis actuel et en accord avec le board de l’ATP, cette décision sera applicable pour toute la saison sportive 2016»

 

Une coupe de cheveux qui ne passe pas

Tout simplement trop fort. Le numéro un mondial a dominé de la tête et des épaules une saison qu’il a rendue fade et monotone, tant il s’est montré impérial. Ses statistiques sont éloquentes : seize tournois disputés, quinze finales dont onze titres. La décision de l’ITF semble donc des plus logiques pour relancer l’intérêt du tennis auprès des spectateurs.

Pourtant il semblerait que d’autres raisons, cette fois-ci extra-sportives,  aient poussé la Fédération Internationale à sanctionner le Djoker. Ses pitreries, sa coiffure, ainsi que son comportement sur le terrain irritent le monde de la petite balle jaune. Les langues commencent à se délier.

Lionel Chamoulaud, commentateur vedette pour France Télévisions, a été le premier à se livrer, par exemple, sur les choix capillaires du numéro un mondial : «Novak est très gentil à l’antenne, mais en off, dès que je lui conseille d’arborer une mèche comme la mienne, il m’ignore». Nelson Monfort, lui, appuie là où cela fait mal : « je lui ai donné à plusieurs occasions les coordonnées de mon toiletteur, sans aucune suite. Pourtant, mon toiletteur arrive à apprivoiser mes bouclettes. Je ne comprends pas. I gave him my toiletman’s phone number. The toiletman can make me all the haircuts possible, like Bob Marley or Jo-Wilfried Tsonga. I don’t understand ».

sans-titre

Franck Provost est jaloux (Crédits : Mario Hvala)

Plus surprenant,la société de jouets Playmobil monte au créneau et envisagerait même de porter plainte contre le tennisman, pour plagiat. « La coupe de cheveux de Novak Djokovic n’est qu’une pâle copie de la chevelure de nos figurines. Cette mascarade a assez duré », a déclaré dans les colonnes de l’Equipe Henavant Lézistoire, l’avocat de la firme allemande. Si l’affaire est portée devant les tribunaux, le joueur serbe pourrait être contraint de porter un casque de moto – « ou un bonnet de bain » tempère Playmobil. Nul doute que la première option restreindrait considérablement les déplacements de l’athlète, qui n’a parfois pas besoin de ça pour se mouvoir de façon surprenante :

Les observateurs n’ont toujours pas trouvé d’explication à ces déplacements 

 

Une opportunité pour les mousquetaires ?

Jo-Wilfried Tsonga ne s’est pas ému de la nouvelle. Le Manceau voit en cette décision de l’ITF «l’opportunité de gagner un Grand Chelem », lui qui fut stoppé en 2008 par le Serbe en finale de l’Open d’Australie. Face au mur Djokovic, Tsonga ne trouve que rarement la solution (5 victoires en 18 rencontres). La faute à un jeu porté essentiellement sur l’attaque, de l’aveu même du Français : « J’aime bien quand ça claque ». Il base sa stratégie sur son coup-droit, qu’il utilise pour  « taper, taper, taper et encore  taper. Parfois, je fais un revers, qui finit dans le bas du filet. »

Gaël Monfils, blessé au genou la semaine dernière alors qu’il se baissait pour refaire ses lacets, ne nourrit pas d’ambition particulière. « Je joue tout le temps blessé, c’est déjà un sacré handicap ! Alors commencer ses jeux à 0-30, c’est de la gnognotte (sic) ». Le showman français a néanmoins décidé d’épargner son physique, pour aborder la saison 2016 dans la meilleure forme possible : « Je me suis acheté des chaussures à scratch ».

« Novak Djokovic est numéro un mondial. Edberg ou Sampras l’ont été également, mais eux savaient volleyer presque aussi bien que moi. Djoko lui, volleye comme mon fils de 8 ans » lâche Michael Llodra, en pleine promotion de son ouvrage , « j’en veux pour preuve cette volée où sa balle a fini en pleine figure ».

 

« J’aime bien le jeu de Novik Djokovac »

Interrogées sur la domination sans partage du numéro 1 mondial, des voix en France s’élèvent pour défendre le champion.  Le président de la Fédération Française de Tennis, Jean Gachassin a déclaré : « J’aime bien le jeu de Novik Djokovac. Il faut encourager le tennis croate». Guy Forget, membre du comité d’organisation du tournoi de Roland Garros, va même plus loin : «Je trouve cette décision des plus aberrantes. Novak n’a jamais remporté les Internationaux de France en démarrant les jeux à 0-0, alors imaginez à 0-30 !».

Ses larmes après sa défaite en finale de Roland Garros cette année ont beaucoup ému le monde du tennis. Ses adversaires ne tarissaient pas d’éloges à son sujet : « Novak c’est un très bon joueur non ? Meilleur revers, meilleur mental, meilleur que Rafa cette année » confessait la fameuse casquette blanche Iberostar de l’oncle Toni Nadal au micro de Nelson. Le Djoker écrasait en quarts de finale le nonuple tenant du titre Rafael Nadal, mais tombait en finale contre Stanislas Wawrinka.

«C’était très dur pour Novak, qui avait fait de Roland son objectif majeur, de s’incliner une nouvelle fois en finale» se souvient Richard Gasquet. «C’est pour ça que je l’ai laissé me battre en demi-finale de Wimbledon quelques jours après» . Le serbe trépassait Roger Federer en finale puis à l’US Open pour conquérir son 10ème titre du Grand Chelem. Respect.

Curieusement, c’est Fabio Fognini, président d’honneur de la Commedia Dell’Arte et directeur artistique de la Scala de Milan qui défend le plus ardemment le natif de Belgrade : «Novak n’a pas fait la moitié de ce que j’ai pu faire comme frasques sur un court, et tout le monde lui tombe dessus. Ce n’est pas normal»

Une affaire chocolatée

L’ITF semblait partagée sur le cas du champion il y a quelques semaines encore : certains vantaient le génie du joueur (clairement au-dessus de ses adversaires cette saison) d’autres sa faculté d’en rajouter parfois sur le court. Lors de la traditionnelle conférence de presse du Masters, comme le veut la coutume, Djokovic offre des chocolats aux journalistes présents. Eric Salliot, dans la salle, se précipite sur la boîte, pensant goûter aux meilleures pièces d’un orfèvre chocolatier londonien. « Que nenni ! C’était un chocolat premier prix Carrefour Market, je l’ai recraché immédiatement tant c’était amer. Personne n’a apprécié, les officiels de l’ATP étaient rouges de colère». 

D’après nos sources, c’est à ce moment-là que les instances de l’ITF se sont réunies pour définir une sanction appropriée envers le joueur : deux points de pénalité à chaque jeu disputé. « J’offrirai des Chamallows l’année prochaine » aurait prononcé un Djokovic désabusé, à la lecture de la sentence. Les prochaines semaines risquent d’être mouvementées pour David Haggerty : le nouveau président de l’ITF devra gérer son premier dossier chaud depuis son élection, le 25 septembre dernier.

Article écrit en collaboration avec David Gauthier

PS : tout ce qui est écrit ici est faux, les propos rapportés n’ont pas été tenus. Ils ont été inventés pour que cet article puisse exister.

Moulin à Vent Tennis, vecteur social de Vénissieux

Loin de Wimbledon et des records d’aces d’Ivo Karlovic, Moulin à Vent, basé à Vénissieux en banlieue lyonnaise, disputait les demi-finales des Championnats du Lyonnais de division 1, après avoir assuré la montée en Régionale. Focus sur un club qui conjugue sport et action sociale de main de maître.

 

Les champions du dimanche et leurs capitaines …

Les champions du dimanche et leurs capitaines …

 

Dimanche 21 juin. 9h12. Traditionnel « café –clope » au Club House avant d’en découdre. Les joueurs de Moulin à Vent (MVT) et de Grigny papotent, se chambrent gentiment en ce premier dimanche estival, sourire aux lèvres. Le soleil illumine les courts. L’enjeu : un ticket pour l’espace  la finale des Championnats du Rhône Interclubs de Division 1.

Philippe, qui vient de perfer à 5/6 la veille, préfère rester sur cette dynamique de victoires pour perfer à négatif  4/6 lors de son prochain tour, et ne dispute donc pas cette rencontre par équipes. Franck, enseignant au MVT, se doit de le remplacer au pied levé. Plus emballé par l’idée de faire une grasse matinée plutôt que de taper dans la balle, le gaucher vénissian fait quand même le travail et récite son tennis lors de la première manche. Son service slicé lui permet de prendre rapidement l’ascendant dans l’échange, et les trop nombreuses erreurs de son adversaire lui rendent le match facile. 6/0, avant le coup de moins bien physique. Mené 3/1, coupable de plusieurs fautes directes, il arrivait tout de même à trouver les armes en retour face à un joueur qui devenait de plus en plus offensif. Serrant le jeu et distribuant bien mieux en coup-droit, Franck s’impose  6/0 6/4.

 

La poignée de mains lors de la victoire de Franck

La poignée de mains lors de la victoire de Franck

 

 Sur le court 2 au même instant, Julien , 17 ans, le Justin Bieber du Tennis et sa mèche plaquée par un pot de gel entier, remportait à l’arrachée le premier set de son match au jeu-décisif, sauvant même deux balles de set en mode patron du court.

Olivier : « Ce club est différent des autres »

Joueur numéro un du club, Olivier apprécie la performance de ses coéquipiers. Très accessible, il raconte comment son équipe en est arrivée à ce point : « Nous avons gagné tous nos matches de poules de division 1, ce qui nous offre notre billet pour le niveau Régional la saison prochaine. C’est une belle performance, tout cela grâce à notre mentalité » . Parlons-en de cette mentalité. Olivier joue à Moulin à Vent depuis 3 ans. Il travaillait dans le quartier, discutait par hasard de tennis avec un de ses clients membre du club, puis ressort ses raquettes enfouies dans son placard voilà dix ans maintenant. Ce gaillard d’1m90 raconte posément son histoire : « j’ai fait deux années en sport-études à Montreuil dans l’académie de Bob Brett – Patrick Mouratoglou… Puis j’ai rangé mes raquettes. Si je rejoue à Moulin à vent, c’est parce que ce club est différent des autres. Il n’y a pas de courts couverts, j’aurais très bien pu signer chez un club voisin, mais il y a ici le côté associatif que l’on ne trouve nulle part ailleurs. »

 

Emmanuel Mathias , président du MVT : « jouer sur le dynamisme et la proximité »

 Emmanuel (à droite) rejoignant le court. Il en ressortira battu 1h20 plus tard.


Emmanuel (à droite) rejoignant le court. Il en ressortira battu 1h20 plus tard.

 

Ce que confirme Emmanuel, tout transpirant après sa défaite du jour : « Nous sommes un club qui compte 250 adhérents, dont une centaine de jeunes, tous issus des environs. Gamin, j’habitais là (il montre un immeuble surplomblant  les courts). Il n’y avait rien ici, j’ai vu les courts se construire. Aujourd’hui, le MVT est une des seules entités de la région à posséder deux professeurs titulaires du Brevet d’Etat, et bientôt trois. Le club est reconnu pour son dynamisme. Chaque année, l’Open du club est une vraie réussite. Les gens s’investissent. Olivier, membre du bureau, en est l’exemple parfait » . Malheureusement, tout n’est pas rose à Vénissieux. La vétusté des courts (4 blessures causées par l’état des terrains cette année) et l’absence de courts couverts est un frein au développement du club : « Les trois clubs de Vénissieux se partagent 14 courts, mais aucun n’est couvert. Dans la commune voisine de Vaulx-en-Velin, la mairie a construit des courts couverts que peuvent utiliser les différents clubs de la ville. Pourquoi ne pas faire cela ici ? »

Emmanuel rappelle également le difficile contexte politique de la ville : « Les élections municipales furent houleuses. On a revoté en mars après invalidation du précédent scrutin. De fait, nous avons pris 4 mois de retard avec nos interlocuteurs de la Mairie. Parallèlement, le budget alloué à la reconstruction de la piscine municipale était de 8 millions d’euros.  Cela en a coûté plus du double. Mais la ville a conscience de nos problèmes, et deux de nos courts vont être refaits à neuf cet été. Les deux autres devraient suivre la saison prochaine. Et malgré tout, notre dynamisme est salué et récompensé par une augmentation de la subvention municipale ».

Pendant ce temps, Julien, rappelez-vous, notre Justin Bieber préféré, s’inclinait 6/4 au 3ème set après un gros combat physique et plus de deux heures de match. Grigny mène alors 2-1 puis 3-1 à l’issue des simples.

Les doubles ne permirent pas à Moulin à Vent de recoller à 3-3 malgré les efforts des paires locales : Olivier et Emmanuel ont entretenu l’espoir en s’imposant 6/3 6/3 contre une redoutable paire de 15 et 15/1. Franck et Julien sont passés près de l’exploit mais durent finalement s’incliner au super tie-break. Qu’importe. Grigny mérite sa place en finale.  « Ils ont la plus belle armada et 2 courts couverts, ça joue sur les performances : ils peuvent s’y entraîner toute l’année » précise Emmanuel.  Mais la montée en Régionale est assurée pour le MVT. La progression du club année après année continue.

 

Convivialité et vivre ensemble

Si le sport est considéré aujourd’hui comme un passe-temps, un loisir , un luxe, pratiqué par la gente qui peut se le permettre, Moulin à Vent met en avant le côté associatif : « C’est un lieu de rencontres. De partage. Les gens sont contents de se retrouver. Et si pendant l’entraînement il se met à pleuvoir, on trouve de quoi s’occuper au Club House… »

Envie de taper la balle dans la région lyonnaise ? Le Moulin à Vent Tennis permet de jouer au tennis à petit budget tout l’été, et propose une carte d’accès illimitée aux courts en Juillet-Août (éclairage compris) pour seulement 30€. De l’action sociale, on vous dit.

 

Coordonnées :

Moulin à Vent Tennis

28 Rue Pierre Brossolette

69200 Vénissieux

http://mvt-tennis.tumblr.com/

Roland Garros 1981 : Une comédie Humaine

Lien vers l’article original pour le blog tennis Lignes de fond

En 1981, dans “The French”, le photographe William Klein immortalisait pour la première fois les coulisses de Roland-Garros, tournoi alors réservé aux privilégiés. Retour sur ce chef-d’oeuvre du docu sportif, aux antipodes de la couverture actuelle de l’événement.

Bjorn Borg , bientôt sextuple vainqueur Porte d’Auteuil, sous la caméra des équipes de William Klein

Nous sommes en 1981. Björn Borg, à genoux, conquiert son sixième et dernier titre Porte d’Auteuil, au cours d’une quinzaine à rebondissements. Quatre ans avant Strip-tease qui a révolutionné le genre du documentaire, le photographe avant-gardiste William Klein eut l’audace de laisser s’exprimer les artistes de la petite balle jaune devant sa caméra. Klein, qui a profondément bouleversé le monde de la photo de mode, se voyait confier une mission inédite avec son documentaire « The French » : faire vivre au téléspectateur une totale immersion dans cette édition 1981 des Internationaux de France. Vestiaires, salles de massage, loges…sa caméra se faufile dans les recoins les plus secrets du Stade Roland Garros, tout cela dans la plus grande discrétion.

Un caractère inédit

Nous voilà plongés dans les préparatifs du tournoi. Les affiches officielles sont collées à la dernière minute. On aperçoit Patrice Dominguez dans le rôle du traducteur de Borg, le suédois tapant des balles sur le toit des Galeries Lafayette avec quelques gamins présents. Perruque blonde maintenue par son légendaire bandeau, armé de sa raquette en bois, « Ice Borg » répond aux questions de la presse…et fait la bise à la jeune fille qui renvoyait sa dernière balle. Pendant toute la durée du documentaire, aucune voix ne vient perturber le téléspectateur et les images suffisent. « Tu sais combien prend Borg pour cet évènement ? » entend-on.

William Klein s’immisce au-dessus de l’épaule de n’importe quel acteur du tournoi : il jongle entre le stadier contrôlant les billets, ne pouvant éviter la cohue aux abords du stade, au kiné venant masser Yannick Noah avant son match contre Guillermo Vilas, en passant par le ramasseur de balles de l’exhibition entre numéro un mondiaux, Jimmy Connors et Ilie Nastase.

Chaque scène est un bijou. Par sa vérité, son caractère comique, son authenticité. On aperçoit Ion Tiriac en tribunes, déjà avec une petite moustache, discutant avec Jean-Paul Loth peigné à la perfection. Dans les vestiaires, la roumaine Virginia Ruzici, lauréate du tournoi deux ans plus tôt, ambitionne gros sur cette édition, mais redoute Chris Evert. Arthur Ashe en loges, est ébahi par le talent de Noah, martyrisant Vilas. L’américain en parle avec Patrice Hagelauer, lui-même plus impressionné de discuter avec l’ancien numéro un mondial que de voir jouer à la perfection son jeune poulain, un certain Yannick.

Noah The French

Ce témoignage de deux heures regorge de moments rares, farfelus, de chemises à grand col, de pantalons « pattes d’eph », de balles sans pression, de Yannick Noah avec les cheveux courts, de Patrice Dominguez avec les cheveux longs, de revers à une main, de volées…  Ne manque que l’album de Michel Sardou pour s’imaginer 35 ans plus tôt.

Un œil avant l’hyper-médiatisation

A l’époque du documentaire, Roland prenait une autre dimension. Président de la FFT jusqu’en 1973 puis de la Fédé internationale de 1977 à 1991, Philippe Chatrier avait fait de la quinzaine le rendez-vous incontournable du tennis mondial. La stratégie de communication est repensée au début des années 80. Après le Village des partenaires, on imagine l’affiche officielle et on construit le court n°1 pour désengorger le Central. Les prix Orange, Citron et Bourgeon voient le jour l’année du documentaire et, deux ans plus tard, le tournoi se dote de son centre de presse. C’est alors que le tennis redevient sport olympique. Plus d’un million de licenciés vivent leur passion sur les courts, un chiffre six fois plus élevé vingt ans plus tard.

Bjorn Borg - The French

Si en 1976, Yves Mourousi était le seul journaliste à lancer le journal de 13h depuis la porte d’Auteuil, suite à la défaite héroïque de François Jauffret contre Borg, les médias du monde entier s’arrachent désormais la diffusion du tournoi. 102 chaînes le relayent, dans 214 territoires, ce qui fait de Roland Garros l’évènement français le plus retransmis à l’international.

Diffuseur depuis 1987, France Télévisions développe des moyens considérables pour retransmettre les deux semaines de compétition : soixante caméras disposées sur les courts et dans les allées, studios, terrasses du stade…  Nouveauté pour cette édition 2015, des caméras « géraniums » seront installées, et la diffusion des 17 courts est assurée sur les plate-formes second écran de France Télévisions et Eurosport. Bien loin de William Klein et ses trois caméras pour réaliser son film.

Chaleur humaine

Témoin d’une époque, et à la fois hors du temps, William Klein dépeint simplement ce que les choses sont : la manière dont pudiquement les champions s’expriment, le tout sublimé par une image de qualité. Un casting de rêve : Borg, Vilas, Noah, Pecci, Lendl, Connors, McEnroe, Nastase, Navratilova ou Chris Evert… La pression pesant sur les joueurs est palpable, les rêves, les gloires, mais aussi les angoisses des champions et championnes sont disséqués. Les groupies et autres fans dans les tribunes ne sont pas oubliés. Ce documentaire est un regard porté sur la société de l’époque, bien plus qu’un simple compte-rendu d’un tournoi réservé aux bourgeois péteux du XVIème arrondissement : Roland Garros devient un phénomène sociétal.
Si n’importe quel amateur de tennis appréciera regarder ce film, tout le génie de Klein réside en sa capacité à fasciner un spectateur novice. Qui en arrivera à la même conclusion : un chef-d’œuvre.

A voir absolument, ici :

Interclubs DN1A – Retour sur Grenoble – Salindres

Saison ATP terminée ? Certes. Mais il est toujours temps d’apprécier du beau tennis, en suivant les Interclubs par exemple. Dans l’anti-chambre de la première division se disputait un alléchant Grenoble – Salindres qui s’annonçait comme un tournant pour la montée dans l’élite. Une rencontre qui a tenu toutes ses promesses.

IMG_3236

Le service de gaucher qui a surpris Grenoble. Belle rencontre, équilibrée. Score nul logique au final.

GRENOBLE TENNIS 1 / AS SALINDRES 1  –  3/3

Dominic THIEM (N°17) / Fabrice MARTIN (N°31) 1/6 – 1/6

Pavol CERVENAK (N°47) / Carlos POCH GRADIN (-30) 6/4 –  6/4

Remi BOUTILLIER (N°48) / Dorian DESCLOIX (-30) 6/3 –  6/3

Filip PRPIC (-30) / Nick VAN DER MEER (-30) 4/6 –  5/7

CERVENAK-PRPIC / MARTIN-VAN DER MEER 6/4 –  6/2

BOUTILLIER-TOURTE / POCH GRADIN –DESCLOIX 6/3 – 3/6 –  0/1

Après deux probantes victoires à l’extérieur lors des deux premières journées, le Grenoble Tennis et sa tête d’affiche Dominic Thiem (20 ans, 121ème à l’ATP) voulait asseoir sa domination dans la poule A de cette DN1A. Rendez-vous pris Samedi 23 Novembre, 10h, sur le Green Set indoor grenoblois. A noter, ce Green Set n’a rien à voir avec celui que l’on a pu voir lors des derniers tournois ATP de la saison (Bale, Bercy ou le Masters de Londres). Au contraire de ces surfaces ralenties depuis des années maintenant, la surface verte Grenobloise ressemble au Rebound Ace Australien de la fin des années 80 : un sol qui fuse sur chaque balle frappée à plat, propice au jeu d’attaque. L’eldorado du volleyeur. Un retour rafraîchissant vers les valeurs traditionnelles de notre sport : le jeu au filet. Mis à part la température arctique sur les courts, tout était réuni pour vivre une belle journée de Tennis.

Si le service de gaucher de Nick Van Der Meer annihilait toutes les intentions du Grenoblois Prpic (un 6/4 –  7/5 solide) , celui de Carlos Poch-Gradin ne gênait aucunement le local Pavol Cervenak. Des enchaînements service-volée sur première comme sur seconde balle, des séquences retour-volée d’école, un slice de revers fluide qui s’écrase sur le court, et des amorties distillées à la perfection. C’est simple : Cervenak est injouable, et à 4/4 dans la deuxième manche, il réalisa un parfait chip and charge pour s’offrir le break et ainsi servir pour revenir à un partout dans la rencontre. Il concluait le match sur une volée amortie de revers à faire pâlir Patrick Rafter. Voilà les deux équipes dos à dos après les premiers simples. Et moi-même frigorifié par la température hivernale :

Rémi Boutillier, pour sa première saison sur le circuit Future, a réalisé de jolies performances, avec une victoire sur un Top 400, un titre en simple et deux en double. Actuel 630ème à l’ATP, se présentait face à lui le Salindrien Dorian Descloix. Un début de match en guise de round d’observation, et deux balles de break sauvées par Boutillier en patron, qui embraye et prend doucement la mesure de son rival  : par des coups plus placés que puissants, il parvient à faire visiter le court à son adversaire, ce dernier commettant la faute dans la grande majorité des cas. Un break sur un jeu interminable d’une dizaine de minutes permettait au Grenoblois de dérouler dans cette fin de première manche. Mais Dorian Descloix a du répondant et réalise le break d’entrée de second set. Malheureusement pour lui, pas assez tranchant et incisif sur les points clés du match (1 sur 8 en balles de break converties), Descloix perdit son service et voyait Boutillier le breaker une nouvelle fois. Mené 5/3 mais 40/0 sur sa dernière mise en jeu, Descloix laissait filer le match avec 3 grosses fautes directes suivies de deux double-fautes. 6/3 6/3 pour Rémi Boutillier, finalement meilleur dans tous les compartiments du jeu que son adversaire.

poignée de mains entre Rémi Boutillier et Dorian Descloix

La poignée de mains entre Rémi Boutillier et Dorian Descloix

Pendant ce temps, le court central avait le droit au choc entre les numéros 1 Dominic Thiem (N17) :

et Fabrice Martin (N31) :

Fabrice Martin nous offrait un récital. Un premier jeu blanc, avec deux aces (dont un sur deuxième balle), suivi d’un break blanc après un chip and charge qui rendrait jaloux Stefan Edberg. Le français continuait sur son rythme de croisière avec 90% de réussite au filet, aces à gogo, coups long de ligne joués à la perfection. Thiem n’y était pas du tout, et laissait filer la première manche, 6/1.  La deuxième manche était une formalité : break blanc, puis jeu blanc, et voilà une série de quatorze points remportés consécutivement par Martin. Des services de plomb, des coups tranchants, plus créatif et simplement meilleur : les supporters de Salindres se détendent, la victoire de leur protégé est acquise. Un double-break sur un retour bloqué suivi au filet, tout réussit au Salindrien. Après moins d’une heure de match, les deux joueurs se rejoignaient au filet pour la poignée de mains. 6/1 – 6/1 , 28 points à 12 dans la deuxième manche, une démonstration. Même si Thiem semblait diminué (il le déclarera dans l’interview qu’il m’a accordé, à lire plus bas) , quelle découverte ce Fabrice Martin ! Un service canon suivi au filet, des coups à plat distillés à merveille sur cette surface rapide… Superbe joueur ! Les jeunes du Grenoble Tennis ne s’y trompaient pas d’ailleurs :

Les jeunes du Grenoble Tennis veulent l'autographe de Stefan Edbe... Heu celui de Fabrice Martin.

Les jeunes du Grenoble Tennis veulent l’autographe de Stefan Edbe… Heu de Fabrice Martin.

Arrivait l’heure du déjeuner, et Dominic Thiem faisait grise mine :

Mais l’autrichien, bien que malade, acceptait de répondre mes questions.

Son match contre Fabrice Martin

« Je n’étais pas dans mon assiette, malade. J’ai pris froid (il fait -1 à Grenoble) et je n’ai pu défendre mes chances aujourd’hui. D’autant plus que mon adversaire a très bien joué et qu’il mérite sa victoire. J’ai été gêné par ses montées au filet, il ne m’a pas laissé le temps de développer mon jeu. Maintenant je vais prendre le temps de me soigner, puis d’attaquer de nouveau l’entraînement en décembre pour préparer la saison prochaine. »

Sa saison

« J’ai joué presque uniquement des tournois sur terre-battue, ma surface préférée. J’y ai remporté deux tournois Futures, dont un dès le début de saison, en Croatie. J’ai tenté les qualifications des ATP 250 de Bucarest et Casablanca. Ensuite, j’ai profité d’un tournoi à domicile pour jouer mon meilleur tennis. J’ai battu Kuznetsov et Melzer à Kitzbuhel, ce qui m’a donné beaucoup de confiance pour jouer les tournois qui ont suivi : deux victoires en Challenger et une finale. Aussi, lors du tournoi de Vienne, j’ai joué mon premier Top 10 : Jo-Wilfried Tsonga. Un match accroché où je perds au jeu-décisif du troisième set. C’est pour l’instant le meilleur moment de ma carrière. « 

Ses objectifs

« Je vais partir pour l’Australie, disputer mon premier Grand Chelem. J’aimerais m’installer dans le Top 100 mondial pour accéder directement au tableau final de Roland Garros. C’est mon but. Pour cela, je vais devoir réitérer mes performances de cette saison à l’échelle supérieure, en disputant plus de tournois Challenger et d’ATP 250. Jiri Vesely et Pablo Carreno-Busta, deux joueurs de ma génération, ont intégré le Top 100 et ont joué Roland Garros cette année. Je vais tâcher de les imiter. J’ai perdu contre Carreno-Busta en finale du Challenger de Côme, c’était un match serré, j’espère prendre ma revanche la saison prochaine. Vesely je l’ai joué en Juniors et en Future, j’espère aussi le recroiser sur le court. Ensuite, je dois améliorer mon jeu sur dur. »

Très sympathique joueur, âgé de seulement 20 ans. Il restait au chaud pour suivre les doubles de ses camarades : la paire Prpic – Cervenak prenait le dessus sur son homologue Martin – Van Der Meer, quand le dernier nommé manquait des volées faciles et offrait le break et la première manche aux locaux. Ensuite, les automatismes entre Prpic et Cervenak ont eu raison des intentions adverses, et ont pilonné Nick Van Der Meer à la volée, qui commettait de nouvelles fautes. Fabrice Martin, impuissant ne pouvait que constater les dégâts. 6/4 –  6/2 et Grenoble bascule en tête à 3-2.

Sur le court voisin,  Rémi Boutillier faisait équipe avec le capitaine Grenoblois, le presque vétéran Nicolas Tourte (34 ans). Une paire complémentaire qui breakait d’entrée les Salindriens Descloix et Poch-Gradin. Un premier set dominé par les locaux qui à ce moment pouvaient croirer à une troisième victoire en autant de rencontres dans cette DN1A. Mais l’équipe de Salindres est accrocheuse et se démène pour obtenir le match nul. Quand Van Der Meew et Martin rejoignirent leurs camarades pour les encourager, ceux-ci servaient pour disputer un super tie-break indécis. Le moment choisi par Nicolas Tourte pour lâcher un retour de revers à deux mains croisé, digne des plus beaux de ceux de Jimmy Connors. Cela ne suffisait pas et nous voilà embarqué dans ce fameux super tie-break. Descloix s’est concentré à bien retourner, tout comme son partenaire. A 8-3, le match semblait plié , mais Grenoble revenait à 8-6, quand Dorian Descloix sortait la plus belle volée de l’histoire du Tennis : allumé par un retour de Boutillier, il protégea sa tête avec sa raquette dans un mouvement de reflex et la balle passa juste derrière la bande du filet. Balle de match. Une volée que même Fabrice Santoro n’a pu réaliser dans sa carrière. Finalement, Salindres s’imposait dans ce deuxième double, et partageait donc les points avec son hôte du jour.

Satisfaite de ce résultat à l’extérieur, l’équipe de Salindres venait quasiment d’assurer son maintien en DN1A, objectif du club gardois. Son altesse Fabrice Martin répondait à mes questions :

Son match contre Dominic Thiem

« J’ai bien commencé le match, je l’ai pris à la gorge. Il n’a pas forcé pour revenir au moment où il aurait pu. Depuis le début de ces interclubs, j’ai gagné tous mes simples, le Green Set indoor me convient parfaitement. Je me sens bien. Je suis beaucoup monté au filet, avec réussite. Et j’ai très bien servi. C’était un match parfait. »

Sa saison

« J’étais 228ème à l’ATP en 2012, j’avais pu disputer les qualifications de l’Open d’Australie et celles de Roland Garros. Cette année, ma priorité était le simple, malheureusement ça n’a pas fonctionné en début de saison. Une finale de Future en Allemagne et un titre en France. J’ai fait les qualifications des tournois ATP 250 sur Herbe, ma surface favorite. Au Queen’s et à Eastbourne je suis tombé sur meilleur que moi. J’ai reculé au classement. Mon été fut long, avec cinq défaites au premier tour lors des cinq Challengers que j’ai disputés.En double, j’ai joué sans m’investir à fond en début de saison : dix partenaires différents sur mes dix premiers tournois. Je gagne le Challenger d’Istanbul, et j’ai joué Roland Garros avec Jo Eysseric. On perd au premier tour contre les frères Bryan, c’était un bon souvenir. Mais le meilleur moment était la victoire au Challenger de Vendée, avec Hugo Nys. Il y avait beaucoup de monde pour nous encourager, il s’est véritablement passé quelque chose. » 

Ses objectifs

« Après les interclubs, je vais entamer une préparation physique pour être au point dès le début de saison. Je vais certainement m’inscrire aux tournois Future sur moquette en Allemagne, puis faire les Challenger de Quimper et Cherbourg en février. Le but étant de retrouver mon classement de l’an passé (Top 300). Je compte m’investir en double avec Hugo Nys. Après notre semaine victorieuse au Vendespace, on s’était dit qu’on devait continuer notre collaboration. On va essayer de jouer les mêmes tournois en simple pour faire équipe en double et rentrer dans le tableau final de Roland Garros. J’espère terminer la saison dans le top 100 de la spécialité. »

On peut légitimement le croire tant le fond de jeu de ce joueur est impressionnant. Superbe première balle, n’hésitant pas à monter à la volée sur chaque balle courte, en coup-droit comme en revers, avec une excellente couverture de terrain au filet. L’encadrement de Salindres me le confirmait d’ailleurs :

« Nous étions persuadé que Fabrice gagnerait contre Thiem aujourd’hui. C’est simple, il est injouable en ce moment. Il est sous-classé (563ème ATP actuellement) mais est invaincu en interclubs après trois journées. En cette fin de saison il joue son meilleur tennis, au Challenger de Vendée il a été bluffant. »

Le jeu de Fabrice Martin résumé en un seul tweet :

Dans cette poule A de la DN1A , Grenoble reste en tête et reçoit Blagnac le 30 Novembre, pendant que Salindres ira défier le Gemenos du champion de France Juniors, Jo Hilaire.

Bref, encore du beau tennis à suivre en perspective !